L’homme représente l’œuvre divine la plus importante et la plus complexe également. Il est la créature qui
porte l’empreinte divine et qui représente son pouvoir sur la terre. Bref, l’homme est à l’image de Dieu gloire à lui. Mais la vie sur cette terre est loin d’être un paradis,
elle comprend le bien et le mal et témoigne d’une épreuve continuelle.
Certaines personnes souffrent terriblement, et sans faire référence à l’idée eschatologique, elles demandent qu’on mette fin
à leur vie du fait que ce qu’elle subissent dépasse leur capacité physique et intellectuelle.
Devant cette réalité douloureuse, l’homme a donné son point de vue et proposé des solutions variantes et inconstantes selon
les personnes et les circonstances de leur vie.
Collectif Médecine de Vie Morin
envoyé par F-marie
L’islam, quant à lui n’est pas resté muet à ce propos et par l’intermédiaire d’imminents juristes a explicité la question. Mais avant de donner
notre point de vue , nous essayons de définir l’euthanasie pour situer la question d’un point de vue réel et physique.
Définition :
L’euthanasie, c’est l’usage de l’ensemble des méthodes qui provoquent une mort sans souffrance, afin d’abréger une agonie très
longue, ou une maladie douloureuse à l’issue fatale.
Le mot "euthanasie" est formé à partir de deux termes : "thanatos", qui veut dire "mort", et "eu", qui signifie : "bien". "Euthanasie" veut dire : "bonne mort", "mort douce" ; il s'agit plus précisément d'une mort provoquée par la main humaine avec l'intention d'abréger les souffrances du
malade dans les cas où il n'y a plus espoir de guérison de celui-ci et où il souffre énormément.
Il faut en fait distinguer trois choses :
A) l'"euthanasie" proprement dite, qui consiste en l'administration d'une médication mortelle, par une personne
tierce, à un malade qui subit de grandes souffrances et qui est de toute façon condamné ;
B) si la personne tierce ne fait que fournir la médication au malade qui se donne lui-même la mort, on parle de "suicide assisté" ;
C) parfois on utilise le terme d'"euthanasie passive" pour désigner l'arrêt des soins jusqu'à présent administrés à
ce genre de malade, dans la mesure où l'on sait que cet arrêt des soins entraînera plus rapidement sa mort.
Nous allons dire un mot, ci-après, de chacune de ces choses...
C) Cependant l'arrêt des soins est-il autorisé ?
A la différence du fait de se nourrir (qui est obligatoire), le fait de se soigner d'une maladie en utilisant les remèdes voulus n'est pas obligatoire.
=Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Soignez-vous, car Dieu n'a pas créé de maladie sans en avoir créé
le remède…" (rapporté par at-Tirmidhî, n° 2038, Abû Dâoûd, n° 3855).
=Le Prophète a ici employé l'impératif, lequel pouvait signifier un caractère obligatoire.
Mais d'un autre côté,
=le Prophète a un jour clairement signifié à une malade qu'elle pouvait, si
elle le voulait, se faire soigner, comme elle pouvait, si elle le voulait, ne pas se soigner et supporter
Ils ont considéré que se soigner, fait partie du permis, c’est-à-dire mubâh, et nullement de l’obligatoire et que ceux qui ont imposé
les soins constituent une minorité de juristes selon certains savants shâfi’ites, hanbalites et certains autres.
Ces mêmes savants ont engagé un débat consistant à situer hiérarchiquement les soins et l’endurance. Ceux qui soutenaient l’endurance ont
étayé leur préférence juridique sur le hadîth d’Ibn ’Abbâs rapporté par Bukhâry dans lequel il dit : (Il y avait une servante atteinte d’épilepsie ou çara’ , un jour elle a
demandé au prophète de prier pour qu’elle guérisse. Et le prophète de répondre : si tu patientes tu auras le paradis, sinon je prie immédiatement pour que Dieu te guérisse. La servante a
dit : je préfère patienter, mais j’aimerais que Dieu adoucisse mon agitation pour que je ne me dévoile pas durant la crise. Et le prophète pria pour elle. (Voir chap. mardhâ de
Bukhâry et Muslim, chap. birr wa çila, n° 2265).
Ibn Taymiya dans ses Fatâwâ Kubrâ. Rapporte que plusieurs compagnons çahâba et successeur tâbi’în, ne se soignaient
jamais et préféraient patienter et endurer pour gagner la récompense divine. Mais cela ne veut pas dire que le fait de se soigner constitue une désobéissance, c’est au contraire, puisque Dieu
aime que son serviteur soit fort et en bonne santé pour pouvoir l’adorer convenablement.
Parmi les compagnons, qui préféraient s’abstenir de se soigner l’on compte Abû Darr et Ubay b. Ka’b. L’ensemble des compagnons savaient cela
et personne n’est venu protester devant eux pour les obliger à abandonner ce comportement. Ce qui prouvent selon les règles normatives de la pensée juridique que l’abstention de se soigner n’est
pas interdite, car les compagnons n’acceptaient pas que l’on commette des interdits sans qu’ils réagissent.
Dans revivification des sciences religieuses ou ihyâ ’ulûm al-dîn l’imâm Gazzâly dans le chapitre tawakkul réfute
la thèse de celui qui prétend que l’abstention de se soigner est meilleure que le contraire. Donc, il existe les deux tendances dans l’islam.
Le malade peut donc choisir de ne pas se soigner, ce faisant il ne commet aucune faute selon l'éthique musulmane.
Le droit français dit la même chose (loi de juin 1999) : le malade peut s'opposer au traitement, et on ne peut donc en principe soigner un malade sans son consentement.
Des limites existent toutefois, notamment celui des cas où la maladie met en danger la sécurité ou la santé publique : on comprend qu'il est alors nécessaire de se
soigner. Certains autres cas sont tels que le malade est mis en demeure de se soigner, faute de quoi il s'exposerait aux conséquences de ses manquements : par exemple en cas de plainte de l'épouse
par rapport à l'impuissance de son mari, l'épouse aura droit au divorce si le mari n'est pas guéri. Nonobstant ces limites, le principe de base est que le malade a le droit de ne pas être soigné
s'il ne le désire pas.
Definition: euthanasie passive
Quant à l’euthanasie passive qui consiste à ne
pas maintenir la vie du patient par des moyens artificiels et dérisoires, y compris des médicaments qui n’améliorent pas sa situation selon la règle de la causalité ou la cause à effet,
c’est-à-dire sababiyya.
Elle ne peut pas être interdite, dans ces cas précis, du fait que la majorité des juristes musulmans n’impose pas les soins médicaux même
dans des cas où l’on espère la guérison.
Exemple:
Une personne atteint de la maladie de Crewsfield Jacob à un stade très avancé. ou l’on sait tous que cette maladie provoque la mort
après une situation de paralysie générale impliquant une souffrance terrible.
Devant cette situation, les médecins ont trois choix :
Le premier consiste au fait de brancher cette personne à des machines artificielles lui permettant de
« vivre ».
Le second lui injecter un produit mortel dans le dessein d’abréger ses souffrances.
Le troisième débrancher les machines et le laisser mourir tranquillement.
Au regard de ce principe, il est en soi possible d'interrompre les traitements, surtout quand il est devenu évident que la maladie est incurable, que le malade
est condamné, et que la poursuite du traitement ne fera qu'allonger de quelque temps sa durée de vie pour des souffrances supplémentaires (Fatâwâ mu'âssira, tome 2 pp. 528-529).
Il ne faudrait cependant pas négliger l'idée que les soins sont un droit social du malade, et au cas où celui-ci désire être soigné, il devrait y avoir accès. Il faudrait donc que des garanties
soient pensées afin de prévenir tout risque de considération de paramètres aussi peu humains que l'appartenance du malade à une catégorie sociale défavorisée ;
il faudrait que la cessation des soins se fasse uniquement sur la demande expresse du malade – ou, dans l'incapacité de celui-ci de s'exprimer, de ses proches parents –, ou bien, quand ce sont les
médecins qui savent que toute poursuite des soins ne conduira qu'à de l'acharnement thérapeutique, que la décision soit prise en concertation avec le malade – ou avec ses proches.
Definition: l’euthanasie active
Pour l'euthanasie active il est interdite juridiquement (shar’an), car elle correspond à un meurtre
commis par le médecin, même lorsqu’il agit à la demande du patient en ayant l’intention d’abréger la souffrance de ce dernier. En effet, quelle que soit la méthode avec laquelle l’on met fin à une
vie, cet acte ne peut être décrit que par l’homicide. Selon nous la responsabilité du médecin est évidente, d’autant plus qu’il outrepasse ses prérogatives en agissant de la sorte. Et quelle que
soit l’intention qui le motive, il ne peut pas être plus miséricordieux envers le patient que Dieu qui lui a donné la vie et qui la lui reprend dans les conditions qu’il veut.
A) Et l'administration d'une substance mortelle au malade au
cas où celui-ci subit de terribles souffrances ?
En France, si la loi continue pour le moment à interdire l'euthanasie, le Comité Consultatif National d'Ethique (CCNE, dont le rôle est purement consultatif) s'est
déclaré favorable au principe de dérogation, donc à des exceptions par rapport à l'interdiction de mettre fin à la vie du malade : selon son avis, l'interdiction doit rester le principe général,
mais il pourrait y avoir une exception ("exception euthanasique") lors de cas extrêmes et à la condition que le malade, lorsqu'il était conscient et lucide, ait écrit un testament demandant
expressément à être euthanasié et ait alors désigné un mandataire pour être assuré de l'être.
D'après l'éthique musulmane, par contre, même en pareil cas l'euthanasie est interdite. L'acte de tuer n'est pas mince affaire, car la
vie humaine est par essence sacrée. Et la proposition du CCNE peut certes paraître séduisante : il s'agit de mettre fin aux souffrances d'autrui lorsqu'elles sont insupportables et qu'il est de
toute façon condamné à plus ou moins brève échéance par la maladie. Mais comment définir le seuil à partir duquel la souffrance sera qualifiée d'insupportable, en sorte que, au-delà de ce seuil,
l'acte de tuer soit dépénalisé alors que en-deçà il constitue toujours un crime ?
Etablir cette exception euthanasique, c'est ouvrir la boîte de Pandore : les retombées pourraient fort être incalculables. En effet, la tentation d'euthanasie pourrait alors s'appliquer ensuite –
toujours de façon dérogatoire, mais quand même – aux nouveaux-nés gravement handicapés, aux victimes de graves accidents de la route… Le CCNE reconnaît lui-même que le risque est "qu'interviennent
des paramètres économiques ou de gestion hospitalière" : on pourrait hélas voir ainsi venir le jour où, souffrant et étant incapable d'exprimer clairement sa volonté mais armé d'un désir de vivre
plus grand que le désir de mourir, cependant ayant de par le passé rédigé un testament
autorisant un jour le recours à l'euthanasie sur sa personne en cas de souffrances insupportables, on serait tout simplement euthanasié contre sa volonté…
officiellement pour mettre fin à de trop grandes souffrances, en réalité à cause du coût de la prise en charge hospitalière ou familiale dans une société qui devient de plus en plus individualiste
et consumériste.
La différence avec l'arrêt des soins est que là-bas on n'administre pas une médication mortelle mais on laisse la nature faire son œuvre, tout en se contentant
d'accompagner le malade. Tandis qu'ici il y a un acte humain : on administre une substance mortelle au malade.
B) Et la prescription ou la fourniture d'une substance mortelle au malade pour qu'il mette fin lui-même à sa vie et, par
là-même, à ses souffrances ?
Ceci ne peut être autorisé en islam, parce que, d'une part, en islam l'être humain ne doit pas se suicider (les Hadîths sont bien connus à ce sujet : voir notamment
ce qu'a rapporté Muslim, n° 109 et suivants), et parce que, d'autre part, l'islam ne peut autoriser quelqu'un à aider autrui à faire ce qui lui est interdit ("Wa lâ ta'âwanû 'ala-l-ithmi
wa-l-'udwân").
A ceux qui voudraient qu'en islam le principe général demeure l'interdiction du suicide mais que ce dernier soit, exceptionnellement, déclaré permis pour pareil cas,
la même question se pose quel serait le seuil de souffrance à partir duquel le suicide deviendrait autorisé ? Déclaré permis dans chaque cas de grande souffrance, le suicide deviendrait un échappatoire par rapport à la peur.
Par contre on peut administrer des substances qui permettent d'atténuer la douleur, puisqu'il n'y pas en islam l'idée que la douleur serait souhaitable, tout au contraire. Et en fait, souvent le
désir de mort découle de la douleur. Si celle-ci est atténuée, le désir de vie (qui découle de l'instinct vital de chaque personne) reste le plus fort. Dans cette optique, les soins palliatifs, qui
permettent d'accompagner humainement une fin de vie, proposent une autre solution que de faire l'acte qui mettra fin à la vie du malade, que celui-ci soit
autrui ou soi-même.
Quelle alternative à l'euthanasie (A) et au suicide assisté (B) ?
Nous nous reconnaissons dans la réponse du Dr Desfosses, président de la Société Française d'Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) (cité dans Ca m'intéresse n° 238, p. 108) : ce que le CCNE
qualifie de "situations exceptionnelles" pouvant justifier l'"exception euthanasique" "pourrait souvent être évité par le refus de l'acharnement thérapeutique, la limitation des traitements, le
respect du refus de traitement par les malades et la mise en place de soins et d'un accompagnement adaptés".
Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).
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Religion et euthanasie
Le monde religieux est l'un des protagonistes les plus influents dans le débat sur l'euthanasie. Voici le point de vue de différentes religions monothéïstes à ce sujet.
Euthanasie et catholicisme
L'Eglise catholique Romaine refuse à la fois l'acharnement thérapeutique, l'euthanasie active et l'euthanasie passive. On peut observer, à la lecture de
son catéchisme, que les catholiques rejettent totalement l'euthanasie.
"Quels qu'en soient les motifs et les moyens, l'euthanasie directe est moralement irrecevable. Elle constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne et au respect du
Dieu Vivant, son Créateur. " On peut donc comprendre, grâce à cet extrait du catéchisme, que les Catholiques pensent que Dieu donne la vie et donc, que Lui seul peut la reprendre. Des
textes de l'Eglise Catholique Romaine montrent que certains fidèles préfèrent même que l'utilisation des analgésiques soit modérée afin d'accepter volontairement au moins une partie de leur
douleur et de s'associer ainsi de façon consciente à la douleur du Christ sur la croix.
"Même si la mort est considérée comme imminente, les soins extraordianaires donnés à une personne malade ne peuvent être légitimement interrompus. L'usage des analgésiques pour alléger les
souffrances du malade, même au risque d'abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n'est pas voulue, ni comme fin ni comme moyens, mais seulement
prévue et tolérée comme inévitable... Les soins palliatifs consituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre, ils doivent être encouragés. "
Les catholiques semblent donc se positionner contre l'euthanasie mais, néanmoins, d'autres témoignages sont plus nuancés. Certians catholiques déclarent : "Je n'hésiterais pas à demander
l'abrègement de mes souffrances si je me trouvais, un jour, prisonnier de mon corps. Je ne pourrais pas imaginer vivre 60 ans consciemment dans un corps sur lequel je n'ai plus aucun
contrôle. Finalement, je crois que l'on devrait accéder à la demande des gens qui veulent arrêter de souffrir en leur donnant la mort. C'est un droit fondamental. "
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Euthanasie et Islam
Par le nombre de ses fidèles, l'Islam est devenu la deuxième religion en France, loin devant le protestantisme et le judaïsme. La doctrine musulmane est
ici sans nuances : "Il est interdit de donner la mort si ce n'est pas à bon droit" (c'est-à-dire la peine de mort pour le criminel).
Le médecin, n'étant pas à même de donner la vie, n'a pas le droit d'y mettre un terme, pour quiconque. Car nul ne peut avancer ou retarder l'heure de la mort, qui dépend de la volonté de
Dieu. Les Musulmans sont donc totalement contre l'euthanasie, mais ils ne sont pas contre le fait de soulager la douleur.
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Euthanasie et Judaïsme
"Le respect de la vie humaine est absolu, inconditionnel. C'est Dieu qui donne la vie. Le Talmud (compilation de commentaires sur la loi mosaïque fixant
l'enseignement des grandes écoles rabbiniques) dit : celui qui détruit une vie, même d'un instant, c'est comme s'il détruisait l'univers entier. Il est donc défendu de faire quoi que ce
soit qui puisse hâter la fin d'un agonisant. " Rabbin Guggenheim.
"On peut atténuer les souffrances par des calamants si ceux-ci ne hâtent pas la mort à coup sûr. " Rabbin Klug.
Les Juifs font cependant une concession : le renoncement à des actes médicaux manifestement sans espoir (euthanasie passive) doit être distinguée de l'euthanasie active, laquelle est
condamnée sans appel.
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Témoignages et expériences vécues. par des patients.
que Dieu leur vienne en aide et
leur donne la force de surmonter les plus dures épreuves de leur vie.
Inhallah!
Chaque jour, des équipes soignantes accompagnent des patients jusqu’au terme de leur vie. Parmi eux, ce patient atteint du sida, ou cette jeune femme arrivée
avec une demande d’ euthanasie et qui, une fois ses douleurs physiques traitées, a redécouvert l’amitié et des raisons d’espérer : “il ne faut pas forcément écouter le malade qui vous dit :
‘’arrêtez tout’’ (...) Je ne savais pas qu’ il y avait des gens capables de vraiment aimer, et de comprendre ...”
L’ approche de la mort révèle souvent notre ambivalence, comme le souligne ce médecin citant La Rochefoucauld : “on ne peut à la fois regarder en face le soleil et la mort”.
Le grave sujet de l’euthanasie est abordé dans ce film : “il y a demande d’euthanasie si le patient se sent totalement rejeté de l’espace des vivants. Mais derrière cette demande, il y a,
profondément inscrite dans le coeur des malades, cette question : est-ce que vous m’aimez encore?”